("O fourrage enrichi...") (Tr. by Wallace Fowlie)
POEMES
(extraits)
1. Que mes taureaux tués sur les roches funèbres
De leurs cendres fidèles fécondent les cavernes:
L'anis embaumera dans l'ombre où l'âme hiverne!
Comme une fraîcheur de grenade et de pomme
C'est sainteté que le vrai nom de l'homme.
2. Les bancs d'algues du soir s'échouaient à Méjean.
Notre table luisait de moules et d'oursins,
De figues bleues, du grès de la cruche de vin.
Une promesse d'herbe émouvait la maison.
Les rites étaient purs-beaux comme des poivrons
Dans les chambres cachées qu'exorcisait la lune.
Un mystère peuplé de présences communes
Veillait sur notre sang et notre sang veillait
Les prophètes qui voient les plaines de juillet.
3. Tes soleils sont de houx, de gui.
Jamais perdu, jamais saisi
Qui est en moi, qui n'y est plus!
L'eau va et vient sous les talus.
Je ne vois pas ce que je vois
-Ta nuit de tilleul et de noix.
Je vois ce que je ne vois pas
-Tes mains sont dans les résédas!
Méjean: the name of a small beach on Cap Brun, near Toulon (birth-
place of M. Renard).
POEMS
1. Let my bulls, killed on the funereal rocks
Fecundate the caves with their faithful ashes:
Anise will scent the shadows where the soul hibernates!
Like the freshness of pomegranate and apple
The real name of man is holy.
2. The evening bank of seaweed was stranded at Méjean.
Our table shone with mussels and sea-urchins,
With blue figs, with the sandstone of the wine jug.
A promise of grass affected the household.
The rites were pure-as beautiful as peppers
In hidden rooms exorcized by the moon.
A mystery peopled with common presences
Watched over our blood and our blood watched over
The prophets who see the plains of July.
3. Your suns are of holly and mistletoe.
Never lost, never caught
Who is in me, who is not in me!
The water comes and goes under the embankment.
I do not see what I see
-Your night of linden and walnut.
I see what I do not see
-Your hands are in the mignonettes!
Oreille ouverte, oreille close
Jentends les lacs aux lauriers-roses:
Ton nom de silence et de sel.
Mais je n'entends pas les pétrels!
4. Viennent les îles! Ma force, mon repas
Sont dans les feuilles comme cerises fraiches.
C'est ma lumiére qu'en la tienne je cherche.
La mére habite mieux qu'un jeune ruisseau
Les vases séches, les toits roux de la crau.
Ma ville est mûre, sous les vents de lavande,
Dans les fourrures de la profonde offrande.
Toute révolte distante de l'amour
Reste stérile-n'arme comme une tour
Que contre l'homme. Glaise d'or et de cuir,
Les eaux ne s'ouvrent si je ne sais mourir
De la mort seule qui fait ressusciter.
5. Mes lièvres, dans l'herbe obscure, quelqu'un les traque.
Un chien frais, un épervier pur sur ma piste.
C'est cache sans abri que ces fourrés, ces cistes.
Des menhirs de verre emmurent mes îles.
© lumière aiguë! Je m'enracine-m'exile.
Le seul feu que je fuis m'a déjà consumé.
Mon sang est pris. Mon sang ne se soumet
Aux signes sur la proie, mais n'est vivant que mort.
Ne plus tenter de voir, d'entendre, d'ouvrir l'or:
La ténèbre d'enfance est mangée de merveilles!
la crau: a plain to the east of the Camargue which extends between the
low Alps and the sea.
Ears opened or closed
I hear the oleander lakes:
Your name of silence and salt.
But I do not hear the petrels!
4. Now come the islands! My strength, my food
Are in the leaves like fresh cherries.
My light I look for in yours.
Better than a young stream my mother inhabits
The dried mud, the muddy roofs of the Crau.
My city is ripe, under the lavender winds,
In the furs of the profound offering.
Every distant revolt of love
Remains sterile-and is armed like a tower
Only against man. Clay of gold and leather,
The waters will not open unless I can die
From the only death that raises us from the dead.
5. Someone is tracking down my hares in the dark grass.
A new dog, a pure sparrow-hawk on my scent.
These thickets and rockroses are hiding places without
shelter.
Glass menhirs wall in my islands.
Piercing light! I take root, go into exile.
The one fire I am fleeing has already consumed me.
My blood is caught. My blood submits
Only to signs on the prey, and lives only when dead.
I will no longer attempt to see, hear, and open the gold:
The darkness of childhood is devoured by marvels!
6. Ce sang perdu comme un pas
N'a densité que d'en bas.
-Des basses eaux, de la cendre
Où l'arme aussi doit descendre.
Les statues marchent, s'attardent
Dans une mort tiède et fade.
J'ai mon amour ennemi.
Ses sables m'ont endormi.
Qui charmera d'un chevreuil
Les longues salles de deuil?
Ma bouche bourbeuse, vide
Crie par morsure d'acide
Sur le silence aggravé.
Un feu survient du névé!
7. Le cerf qui franchira les terribles fossés
Par chemins de micas et d'os pulvérisés
en - aoe .
Jusqu'à qui viendra-t-il quand il viendra du Dieu?
Et jusqu'où l'être pur, le transmuant épieu
Pourront-ils s'enfoncer des dernières contrées
Emergeront soudain les momies interdites
Inhumées dans le coeur comme des ammonites
Et que rompant partout l'épaisseur qui les scelle
Le visage sans fond méditera sur elles?
6. This blood lost like a footstep
Has density only far below.
-Low waters, ashes
Where the weapon also must descend.
Statues walk and tarry
In a tepid insipid death.
I have my enemy love.
Its sand has put me to sleep.
Who will charm with a roe-buck
The long rooms of mourning?
My muddy empty mouth
Cries out from an acid bite.
Over the aggravated silence.
A fire rises up from the glacier!
7. The deer crossing the terrible moats
Along roads of mica and ground bone
To whom will he come when he comes from God?
And how far will the pure being and the transmuting
boar-spear
Be plunged-when from the withdrawn waters
And from the last tomb of the last land
Will suddenly come forth the forbidden mummies
Buried in the heart like ammonites
And when breaking everywhere the thickness sealing
them up
The face without foundation will meditate on them?
8. Une odeur d'or afflue dans l'effroi de l'été.
Une subite épée qui brüle les vertèbres!
Et entre l'être et rien l'embrasante ténèbre
Mène sans alchimie au métal du matin.
L'esprit tolére l'ombre et la boue qu'il empreint.
9. O fourrage enrichi, pour les profondes races, des énergies
de l'aube!
Ce gibier sur les tertres, les cadavres d'octobre, qui rôde et
se dérobe
Comme des tortues noires-la tempête déjà l'atteint dans
ses retraites.
Il n'est d'immunités sous les tunnels du Nord, d'idoles,
d'amulettes
Ni tabous pollués par les lactaires rouges, contre le temps
du sacre.
Les antiques terreurs qui vénèrent le froid, l'ébène et le mas-
sacre
Sortent du marécage des lunes asphyxiées. Tous les couloirs
funèbres,
Les caves de mes monstres, les saisons obsédées de langues
et d'algébres
Puissantes sur la mer, puissantes sur le sang des fétiches
brûlés,
Sur la neige et la nuit des monolithes morts auxquels je
m'immolais,
Pour qui mes holocaustes profanaient tes brebis avec les
aruspices,
-Convergent maintenant vers l'arbre magnétique, vers
l'hostie du solstice.
Aucun délai ne sauve! Rien ne protége plus les champs de
mandragores,
N'épargne plus, en moi, même l'inanité! Un autre m'in-
corpore.
8. A smell of gold abounds in the fright of summer.
A sudden sword burning the vertebrae!
And between being and nothingness the fiery dark
Leads without alchemy to the morning metal.
The spirit tolerates the shade and the mud it stamps.
9. © forage, for profound races, enriched on the energies of
dawn!
The wild game on the hills, the October corpses who prowl
about and disappear
Like black tortoises-the storm already reaches them in
their retreats.
Under the north tunnels there are no immunities, no idols,
no amulets
No taboos polluted by red mushrooms, against the time of
consecration.
The ancient terrors venerating the cold, ebony and mas-
sacres
Come out from the swamps of suffocated moons. All the
funereal corridors,
The caves of my monsters, the seasons obsessed by languages
and powerful
Numbers on the sea, powerful on the blood of burned
fetiches,
On the snow and the night of dead monoliths to which I
sacrificed myself,
For which my holocausts profaned your ewes with harus-
pices,
-Now converge on the magnetic-tree, on the host of the
solstice.
No delay puts off death! Nothing can protect the mandrake
fields,
Nothing in me has mercy on futility. Someone else in-
corporates me.
Un meurtre incantatoire exorcise les cultes terrés sous les
refuges
Et la grande écrevisse qui mange toute mort descend dans
le déluge.
Je nais. Les stalamites des mémoires casquées d'antennes et
d'hypnoses
Soudainement s'avivent, soudainement se soudent aux plus
futures roses,
Aux îles annoncées. L'ancétre essentiel surgit de l'avenir!
Et la source est au centre et le centre est au terme-et le don
est désir
Que soit ensemble en lui connue et inventée l'altitude du
monde. .
Ces fougères, ces fèves de divination disent que l'âme
abonde
En confluents heureux où la chair peut déjà rencontrer l'au-
tre chair
Et tenter sous ses torches la proclamation des sciences de
la mer.
Ce qui sera est là comme prémices mâles pour l'hommage
et le pacte.
La terre cathédrale où la fulguration m'affronte et se ré-
fracte
N'a rien à proposer du milieu de son peuple et de son épais-
seur .
Dont les mêmes ténèbres mais une autre clarté recouvrent
le malheur,
Que l'oblation du Christ. Et rien dans cette angoisse ni cette
solitude
Et cette absurdité qui engorgent les jours d'un désespoir
trop rude,
Que cet amour lui-même hors sens et hors raison s'offrant
à nous combler
Et seul ici capable d'insuffler sens à tout et de tout rassem-
bler.
An incantatory murder exorcizes cults warped under places
of refuge
And the huge crab eating every death descends in the flood.
Iam born. The stalagmites of memories helmeted with an-
tennas and hypnoses
Become suddenly more acute, are suddenly welded to the
most future roses,
To the announced islands. The essential ancestor rises up
from the future!
And the source is at the center, and the center is at the end-
and the gift is the desire
That the altitude of the world be together in it, known and
invented.
These ferns and beans of divination say that the soul abounds
In happy junctions where the flesh can already meet the
other flesh
And attempt under its torches the proclamation of the sci-
ences of the sea.
What will be is there like the first male fruits for an homage
and a pact.
The cathedral land where the fulguration affronts me and is
refracted
Has nothing to propose from the midst of its people and its
thickness
Whose disaster is covered by the same darkness and an-
other light,
Save the offering of Christ. And nothing in this anguish and
solitude
And absurdity that choke the days with harsh despair
Save this love itself beyond sense and reason offering itself
to overwhelm us
And solely able to breathe meaning into everything and to
assemble everything.
Ce soir m'est promulgué que dans les galeries sans rivière et
sans baume
Où ni mourir ni vivre n'est possible au destin hanté par le
royaume
Comme éclats de charbon, de poteries, de haches sous le
linge des âges,
La joie pourtant respire, est prête à se livrer, à céder au
courage
Et à la vigilance, -à révéler au coeur le seuil de la lumière:
L'oracle bienfaisant de la laine et du pain sur le grand es-
tuaire!
This evening it is decreed to me that in the galleries without
river and balm
Where dying or living is not possible for the destiny haunt-
ed by the kingdom
Like splinters of coal and pottery and hatchets under the
linen of the ages,
Joy however breathes, is ready to give itself over, to yield
to courage
And vigilance,-to reveal to the heart the threshold of light:
The kind of oracle of wool and bread on the great estuary!
Structure
309 lines · 53 stanzas