Hiver (Tr. by Wallace Fowlie)

JEAN GROSJEAN
GRADUEL
Le Messie gravit les degrés
de sa mort et de mon cantique
avec un visage souillé
qu'essaie d'essuyer Véronique.
Il monte aux portes de la ville
entre l'arbre rouge et le jaune
vers un tertre chauve et tranquille
où l'attend la mort à son aune.
Les Hébreux l'ont trouvé païen
et les Romains l'ont trouvé Juif
mais sa payse n'est pas loin
qui déplie déjà son kerchief.
Il a l'oeil vert du Franc Salien
que Clovis assomme à Soissons.
Elle a le mouchoir à la main
pour écarter les centurions.
Il monte en nage et lourd de pluie,
portant les poteaux de l'orage.
Elle est soudain tout près de lui
préte a lui prendre le visage:
poteaux de l'orage: pieces of wood sustaining the storm of Good Friday
(which the poet places in autumn!). They designate the Cross supporting
the Agony.
JEAN GROSJEAN
GRADUAL
The Messiah climbs the steps
of his death and of my canticle
with a soiled face
which Veronica tries to wipe.
He goes up to the gates of the city
between the red and the yellow trees
toward a bare quiet knoll
where death, equally strong, waits for him.
The Hebrews found he was a Pagan
and the Romans found he was a Jew
but his countrywoman is not far off
and already she unfolds her kerchief.
He has the green eyes of the Salian Frank
whom Clovis slew at Soissons.
She keeps her neckcloth in her hand
to ward off the centurions.
Perspiring and heavy with rain he climbs
carrying the stakes of the storm.
Suddenly she is close to him
and about to take his face in her hands.
- Tu montes dans le jour qui baisse
mais on ne peut mourir encore
tant chaque arbre dans sa détresse
a plus de flamme que l'aurore.
Assieds-toi donc devant l'assiette.
Ma lampe fume et l'ätre aussi,
car tu passais a la sauvette,
et la salade sent la suie.
-Repose au moins tes yeux qui pleurent
sur les fruits peints de la vaisselle.
Hélas! tu connais tout par coeur,
rer atom R
jusqu'à l'araignée dans la poéle.
Je mange peu quand je suis seule
pour ne pas penser à mon corps
mais te voici comme un linceul
pour me tenir chaud dans la mort.
Dehors la lune du décours
se défera de ses brouillards.
Entends son souffle dans la cour
et le pas du vent sur les mares.
Et vois-moi blanche comme assiette
moins d'innocence que de peur,
mais j'ai faim ce soir car c'est fête
puisque nous mourrons tout à l'heure.
Je vais te raconter l'histoire,
que tu sois toi-même étonné
(Pilate attendra dans un bar
en semonçant son horloger):
JEAN GROSJEAN
-You climb in the diminishing daylight
but you cannot die yet
as long as each tree in its distress
has more flame than the dawn.
Sit down now in front of this plate.
My lamp is smoking and the hearth also,
because you passed by in a great hurry,
and the lettuce smells of soot.
-At least rest your eyes from crying
And look at the fruit painted on the plates.
Alas! You know everything here by heart,
even the spider in the frying-pan.
I eat very little when I am alone
in order not to think of my body
but now you are here like a shroud
to keep me warm in death.
In the sky the waning moon
will get rid of its fog.
Listen to its breath in the courtyard
and the step of the wind on the pools.
And behold me white as a plate
less from innocence than fear,
but I am hungry, for tonight is a feast
and we shall die soon afterwards.
I will tell you the story,
and it will surprise even you
(Pilate will wait in a bar
while he lectures his clock-maker):
Le Messie gravit les degrés.
Sa face est sale entre les arbres.
Le Messie monte pour tomber
avec de la pluie plein la barbe.
Lui qui se taisait sans entendre
jette un cri, mais qui l'entendra
dans les foréts ou dans les chambres
ou dans les hymnes des castrats?
Il appelle, il crie comme un sourd.
A peine si la pie s'envole.
A peine si retourne au bourg
l'äne qui rompit son licol.
-Tu gardais ton cri dans ta gorge,
comme un trésor. Tu l'as jeté,
et les feuilles couleur de forge
tombent lentes du néflier.
Tu ne peux plus les retenir.
Leur silence est une réponse.
Toutes les bétes se retirent
pour ne pas troubler la réponse:
Elle est d'une douceur d'épouse
comme les feuilles et les brumes,
comme la tendresse ou la bouse
ou le fer rouge sur l'enclume.
Elle a l'odeur d'humus de l'äme,
l'odeur de ce soir de désordre
où tu disais la Passion, femme
pareille à la miséricorde,
JEAN GROSJEAN
The Messiah climbs the steps.
Between the trees his face is dirty.
The Messiah mounts only to fall
with his beard full of rain.
He who kept silent without hearing
utters a cry: who will hear it
in the forests or in the rooms
or in the hymns of the castrati?
He calls out, he shouts like someone deaf.
But only a magpie flies off.
Only the ass who broke his halter
returns to the village.
-You held back your cry in your throat
like a treasure. You uttered it,
and the leaves with their color of a forge
fall slowly from the medlar-tree.
You can't hold them back now.
Their silence is an answer.
All the animals move away
in order not to disturb the answer.
-It has the sweetness of a wife
like leaves and fog,
like affection or dung
or the red iron on the anvil.
It has the humus smell of the soul,
the smell of this evening in disorder
when you spoke the Passion, you woman
resembling mercy,
l'odeur des yeux quand tu t'es tue
comme la Toussaint dans les bois.
Oh! ce silence de la nue
pinçant ses lèvres de lilas.
Allons, voici blanchir l'aurore,
allons, Juda se croirait joué.
Aujourd'hui nous serons tous morts:
-Le Messie gravit les degrés.
automne 1962.
HIVER
Jours hirsutes, temps incertains, moments furtifs,
c'en est fini des hasards, voici votre maître.
L'amour déploie tous ses mois de septembre à juin
sur de vastes déclivités catalauniques.
C'en est fini du blasphème quand les saisons
se rangent en bataille à travers l'étendue.
Aux armes, boues de novembre et pommiers en fleurs.
Hirondelles des deux équinoxes, cernez
l'été rétif dans son fort qui se démantèle.
Chargez, vents grêleux de ventöse et pluies d'automne,
pluies lorraines cuirassées de flambants feuillages
sur vos lourds chevaux ombrageux comme ces filles
qui font courir leur bétail à travers la rue
avec de la paille aux cheveux et des cris rauques.

Structure

186 lines · 53 stanzas