Gloire
Il avait su gagner 4 lui
Beaucoup d'hommes ensemble,
Avec un cri qu'ils aimaient tous entendre,
Avec un haut fait dont ils se parlaient.
Il y avait un morceau du monde
Où l'on connaissait sa vie,
Ses actes et son visage.
Il se dressait devant la foule,
Et connaissait l'enivrement
De la sentir soumise à sa parole
Comme les blés le sont au vent.
Il la faisait se recueillir;
Il la rendait chaude et heureuse.
Il la faisait hurler et rire
Ou haleter soudain.
Et son bonheur était de croire,
Quand il avait quitté la foule,
Que chacun des hommes l'aimait;
Et que sa présence durait
Innombrable et puissant en eux
Comme en des braises dispersées
Les dons et la marque du feu.
Or un jour il en suivit un
Qui retournait chez soi, tout seul;
Et il vit son regard s'éteindre
Dés qu'il fut un peu loin des autres.
Une autre fois il reconnut l'un d'eux,
L'un de ceux qui l'avaient aimé
Avec le cri de toute leur face,
Avec l'elan de tout leur corps
Debout, devant lui, tout un soir;
Il s'approcha, il lui parla;
L'homme connaissait bien son nom,
Mais n'avait rien gardé de lui
Dans son esprit ni dans son coeur.
Et méme il vit une foule,
Une foule comme les siennes,
Qui se pressait, ivre et séduite,
Autour d'un autre
Habile ä faire des grimaces.
Alors il connut qu'il avait conquis trop,
Et trop peu . . .
Que pour faire une âme de foule
Chaque homme ne prête un instant
Que la surface de son âme.
Il avait regné sur un peuple,
Mais comme un reflet sur de l'eau;
Mais comme une flamme d'alcool,
Qui ne sait pas ou s'attacher,
Et qui brûle ce qu'elle frôle
Sans le réchauffer.
Et c'est alors qu'il s'appliqua, comme à vivre
A connaitre le plus d'étres qu'il put,
A les connaitre lentement et un a un,
En demeurant et devisant avec chacun
Quand ils étaient bien eux, quand ils étaient bien seuls.
Son secret fut de posséder
Quelque chose avec chacun d'eux,
Quelqu' humble trésor qui leur fût bien cher.
Son bonheur fut de posseder,
En commun avec chacun d'eux,
Le souvenir secret d'un seul instant
Mais d'un instant élargi d'une telle joie
Qu'ils en pouvaient vivre bien des soirs.
Et tous ceux qu'ils connut ainsi :
Conservèrent tout isolée
En leur pudeur
Certaine image d'eux-memes
Où ils aimaierit se reconnaître,
Et qu'ils ne pouvaient regarder
Sans retrouver ses traits parmi les leurs.
Structure
71 lines · 11 stanzas